Créer une entreprise sans expert-comptable, c’est possible. Des milliers d’entrepreneurs le font chaque année. Mais créer une entreprise avec un expert-comptable dès le départ, c’est prendre les bonnes décisions au bon moment — avant que les erreurs coûtent cher. Le choix du statut juridique, du régime fiscal, de la structure de rémunération : autant de décisions qui engagent l’avenir de votre activité et que l’on ne peut pas défaire facilement une fois actées.
Avant même la création : le business plan financier
La première intervention de l’expert-comptable, c’est souvent avant même que vous ayez fixé votre statut juridique. Il vous aide à construire un prévisionnel financier crédible :
- Compte de résultat prévisionnel sur 3 ans : chiffre d’affaires, charges, résultat net
- Plan de trésorerie mensuel : quand rentrera l’argent, quand partiront les charges
- Bilan prévisionnel : état du patrimoine de l’entreprise à l’issue de chaque exercice
- Seuil de rentabilité : le chiffre d’affaires minimum pour couvrir vos charges
Ce travail est indispensable si vous sollicitez un financement bancaire — les prêteurs exigent un prévisionnel fiable — mais aussi si vous avez des associés à convaincre, ou simplement si vous voulez mesurer la faisabilité réelle de votre projet avant de vous lancer.
Un expert-comptable qui connaît votre secteur ajoutera des hypothèses réalistes basées sur des dossiers similaires. Ce n’est pas la même valeur qu’un prévisionnel construit sur des feuilles Excel avec des hypothèses optimistes.
Le choix du statut juridique : une décision structurante
C’est peut-être la mission la plus importante de l’expert-comptable lors de la création. Le statut juridique détermine votre régime fiscal, votre régime social, votre responsabilité personnelle et votre capacité à accueillir des associés.
Les principaux statuts et leurs enjeux
Entreprise individuelle (EI) : simple à créer, pas de capital social, mais le patrimoine professionnel et personnel est désormais séparé. Idéal pour les activités à risque limité et à faible investissement.
EURL / SASU : la société unipersonnelle. L’EURL est soumise à l’IR par défaut (avec option IS), la SASU à l’IS. Le régime social diffère radicalement : TNS (Travailleur Non Salarié) pour le gérant majoritaire d’EURL, assimilé-salarié pour le président de SASU.
SARL / SAS : pour les projets à plusieurs associés. La SARL offre plus de rigidité structurelle mais des cotisations sociales TNS réduites pour les gérants majoritaires. La SAS offre plus de souplesse statutaire, idéale pour les projets avec des investisseurs.
Questions clés que votre expert-comptable doit poser :
- Quel est votre niveau de rémunération prévu ?
- Avez-vous besoin d’une protection sociale solide (régime assimilé-salarié) ou préférez-vous des cotisations réduites ?
- Prévoyez-vous d’accueillir des investisseurs à terme ?
- Quelle est l’exposition au risque de votre activité ?
La différence entre un dirigeant en SASU et un gérant majoritaire de SARL peut représenter 15 000 à 25 000 € d’écart annuel en cotisations sociales pour un même niveau de revenus.
Le choix du régime fiscal
L’expert-comptable vous guidera entre :
L’impôt sur le revenu (IR) : les bénéfices de la société s’ajoutent à votre revenu personnel et sont taxés selon votre tranche marginale. Avantageux en phase de démarrage si les bénéfices sont faibles.
L’impôt sur les sociétés (IS) : l’entreprise est imposée directement (15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfices, puis 25 %). Vous n’êtes personnellement taxé que sur ce que vous vous versez (salaire ou dividendes). Souvent plus efficace dès que les bénéfices deviennent significatifs.
La TVA : franchissement ou non des seuils de franchise, TVA sur les encaissements ou sur les débits, régime simplifié ou réel — autant de choix qui impactent votre trésorerie et votre organisation comptable.
L’accompagnement à l’immatriculation
L’expert-comptable peut vous accompagner dans les démarches d’immatriculation, même si aujourd’hui elles se font principalement en ligne via le guichet unique de l’INPI.
Concrètement, il peut :
- Rédiger ou vérifier les statuts (en coordination avec un avocat si nécessaire)
- Constituer le dossier d’immatriculation : pièces d’identité, justificatif de domicile, attestation de dépôt du capital
- Ouvrir un compte bancaire professionnel : certains cabinets ont des partenariats avec des banques qui facilitent l’ouverture
- Déposer le capital social auprès d’une banque ou d’un notaire (pour les SAS/SARL)
- Publier l’annonce légale dans un journal d’annonces légales
La structure de rémunération du dirigeant
Combien vous payer ? Comment ? La réponse est stratégique et fiscalement très sensible.
Salaire vs dividendes : en SASU, verser un salaire génère des charges sociales d’environ 70 % des charges salariales totales (charges patronales + salariales). Les dividendes sont soumis à la flat tax de 30 % (prélèvements forfaitaires). L’équilibre optimal entre les deux dépend de votre situation personnelle (autres revenus, protection sociale souhaitée, investissements prévus).
Cotisations minimales : même sans rémunération, le gérant d’EURL doit payer des cotisations sociales minimales (environ 1 000 à 1 500 € par an). L’expert-comptable vous explique ces mécanismes pour éviter les mauvaises surprises.
L’optimisation de la rémunération : certains dirigeants combinent plusieurs leviers — salaire modéré + dividendes + PEE/PER + frais de représentation. Un expert-comptable compétent construit cette stratégie dès le départ.
La mise en place des outils comptables
Dès la création, votre expert-comptable définit l’organisation comptable :
- Choix du logiciel de facturation et de comptabilité
- Mise en place de la connexion avec vos comptes bancaires
- Définition du plan comptable adapté à votre activité
- Paramétrage des règles de TVA
- Organisation des justificatifs (numérique ou papier)
Un démarrage bien structuré évite des années de rattrapage comptable.
Ce que l’expert-comptable ne peut pas faire seul
L’expert-comptable n’est pas avocat. Pour certains aspects de la création, d’autres professionnels sont nécessaires :
- La rédaction des statuts de SAS pour des situations complexes (pacte d’actionnaires, clauses spécifiques) : avocat spécialisé
- La protection des marques et brevets : avocat en propriété intellectuelle
- Les autorisations administratives (licences, agréments) : selon le secteur
Un bon expert-comptable connaît ces limites et vous oriente vers les bons interlocuteurs.
Le coût de l’accompagnement à la création
Les honoraires pour une mission de création varient selon la complexité :
| Mission | Fourchette de prix |
|---|---|
| Création EI simple | 500 à 1 200 € |
| Création EURL/SASU | 800 à 2 000 € |
| Création SARL/SAS (plusieurs associés) | 1 500 à 3 500 € |
| Business plan complet + prévisionnel | 1 000 à 3 000 € |
| Accompagnement complet création + 1ère année | 2 500 à 6 000 € |
Certains cabinets proposent des formules « pack création » incluant immatriculation, prévisionnel et premier exercice comptable.
Conclusion : investir au départ pour éviter de payer plus tard
Les erreurs de création — mauvais statut juridique, régime fiscal inadapté, structure de rémunération inefficace — sont souvent découvertes 2 à 3 ans plus tard, et coûtent alors bien plus cher à corriger. Un accompagnement de qualité dès la création, c’est un investissement dont le retour est mesurable sur toute la durée de vie de votre entreprise.




