Impôt sur les Sociétés vs Impôt sur le Revenu : Quel Régime pour Votre Entreprise
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Impôt sur les Sociétés vs Impôt sur le Revenu : Quel Régime pour Votre Entreprise

11 min de lecture

Le choix entre l’impôt sur les sociétés (IS) et l’impôt sur le revenu (IR) est l’une des décisions fiscales les plus structurantes pour une entreprise. Ce choix détermine non seulement le montant d’impôt que vous paierez, mais aussi votre mode de rémunération, votre protection sociale, votre capacité d’investissement et même la transmission future de votre entreprise.

Après 20 ans de pratique, je constate que ce choix est trop souvent fait par défaut, sans simulation ni réflexion stratégique. Beaucoup de dirigeants restent à l’IR parce que c’est le régime par défaut de leur statut juridique, sans réaliser qu’ils paieraient significativement moins en optant pour l’IS. L’inverse existe aussi. Ce guide vous donne toutes les clés pour prendre une décision éclairée.

Fonctionnement de l’impôt sur les sociétés (IS)

L’IS est un impôt payé par l’entreprise elle-même sur ses bénéfices. Le dirigeant n’est imposé personnellement que sur la rémunération qu’il se verse.

Les taux d’IS applicables

Tranche de bénéficeTauxConditions du taux réduit
0 à 42 500 €15 % (taux réduit)CA < 10 M€, capital entièrement libéré, détenu à 75 % minimum par des personnes physiques
Au-delà de 42 500 €25 % (taux normal)Applicable à toutes les entreprises

Exemple : Une SARL réalise 80 000 € de bénéfice avant IS.

  • IS sur les premiers 42 500 € : 42 500 × 15 % = 6 375 €
  • IS sur le solde : 37 500 × 25 % = 9 375 €
  • IS total : 15 750 € (taux effectif : 19,7 %)
  • Bénéfice net après IS : 64 250 €

Les avantages de l’IS

  • Taux fixe et prévisible : vous savez exactement combien d’impôt l’entreprise paiera
  • Maîtrise de la rémunération : vous décidez combien vous vous versez (salaire + dividendes)
  • Réinvestissement facilité : le bénéfice non distribué reste dans l’entreprise à un taux avantageux
  • Déductibilité de la rémunération du dirigeant : votre salaire est une charge déductible du bénéfice imposable
  • Optimisation dividendes/salaire : possibilité de mixer les deux pour réduire la charge fiscale et sociale globale

Les inconvénients de l’IS

  • Double imposition des dividendes : IS sur le bénéfice + IR sur les dividendes versés (partiellement atténuée par la flat tax à 30 %)
  • Obligations comptables renforcées : comptabilité d’engagement obligatoire, liasse fiscale complète
  • Déficit non imputable sur les revenus personnels du dirigeant (le déficit reste dans l’entreprise)

Fonctionnement de l’impôt sur le revenu (IR)

À l’IR, le bénéfice de l’entreprise est directement intégré aux revenus personnels du dirigeant et imposé au barème progressif de l’impôt sur le revenu.

Le barème progressif de l’IR

Tranche de revenu imposableTaux marginal d’imposition (TMI)
Jusqu’à 11 294 €0 %
De 11 295 à 28 797 €11 %
De 28 798 à 82 341 €30 %
De 82 342 à 177 106 €41 %
Au-delà de 177 106 €45 %

Point clé : Le barème s’applique par part fiscale. Un couple marié avec 2 enfants dispose de 3 parts, ce qui divise le revenu imposable par 3 avant application du barème.

Les avantages de l’IR

  • Pas de double imposition : le bénéfice n’est taxé qu’une seule fois
  • Imputation des déficits sur le revenu global du foyer fiscal (dans la limite de 10 700 € pour les déficits BIC non professionnels)
  • Simplicité comptable pour les régimes micro et le réel simplifié
  • Taux effectif potentiellement faible pour les petits bénéfices ou les foyers avec plusieurs parts
  • Prélèvements sociaux inclus dans les cotisations TNS (pas de flat tax supplémentaire)

Les inconvénients de l’IR

  • Progressivité agressive : au-delà de 82 341 €, le TMI atteint 41 % puis 45 %
  • Aucune maîtrise du timing : vous êtes imposé sur la totalité du bénéfice, que vous le retiriez ou non
  • Impact sur le foyer fiscal : le bénéfice s’ajoute aux autres revenus du foyer (conjoint, revenus fonciers…), ce qui peut faire grimper la TMI
  • Cotisations sociales sur le bénéfice total : les cotisations TNS s’appliquent sur l’ensemble du bénéfice, pas seulement sur la rémunération prélevée

Tableau comparatif IS vs IR

CritèreISIR
Qui paie l’impôtL’entrepriseLe dirigeant (foyer fiscal)
Base d’impositionBénéfice de l’entrepriseBénéfice intégré au revenu global
Taux15 % puis 25 % (fixe)0 à 45 % (progressif)
Rémunération du dirigeantDéductible du bénéficeNon déductible (c’est le bénéfice)
DividendesFlat tax 30 % ou barème + abattement 40 %Sans objet
DéficitReportable sur bénéfices futursImputable sur revenus du foyer
Cotisations socialesSur salaire + partie des dividendesSur bénéfice total
ComptabilitéEngagement (complète)Simplifiée possible
TransmissionPlus-value sur titres (abattements possibles)Plus-value sur fonds de commerce

Simulations concrètes selon les revenus

Prenons l’exemple d’un dirigeant célibataire sans enfant, gérant majoritaire de SARL, pour comparer l’impact fiscal total (IS + IR + cotisations sociales) :

Scénario 1 : Bénéfice de 40 000 €

PosteRégime ISRégime IR
Bénéfice avant impôt40 000 €40 000 €
Rémunération dirigeant30 000 € brut
Cotisations sociales (~45 %)13 500 €17 600 € (~44 % du bénéfice)
Bénéfice imposable IS10 000 € (40 000 − 30 000)
IS (15 %)1 500 €
IR du dirigeant~1 600 €~2 800 €
Charge fiscale et sociale totale~16 600 €~20 400 €
Revenu net disponible~23 400 €~19 600 €

Verdict : À 40 000 € de bénéfice, l’IS est déjà légèrement plus avantageux pour un célibataire. L’écart se creuse avec le bénéfice.

Scénario 2 : Bénéfice de 80 000 €

PosteRégime ISRégime IR
Bénéfice avant impôt80 000 €80 000 €
Rémunération dirigeant50 000 € brut
Cotisations sociales~22 500 €~35 200 €
IS (15 % + 25 %)6 375 € + 375 € = 6 750 €
IR du dirigeant~4 200 €~11 800 €
Dividendes nets (bénéfice après IS non distribué en salaire)~16 875 € (flat tax 30 % déduite)
Charge fiscale et sociale totale~40 600 €~47 000 €
Revenu net disponible~39 400 €~33 000 €

Verdict : À 80 000 €, l’IS permet de dégager 6 400 € de revenu supplémentaire par an. L’écart est significatif.

Scénario 3 : Bénéfice de 150 000 €

À ce niveau de bénéfice, l’IR est clairement pénalisant : le TMI atteint 41 %, les cotisations TNS sont calculées sur la totalité du bénéfice. L’IS avec une rémunération optimisée (salaire + dividendes) permet d’économiser 15 000 à 25 000 € par an selon la situation familiale.

La simulation est indispensable
Ces chiffres sont des approximations pédagogiques. Chaque situation est unique (quotient familial, autres revenus, régime matrimonial). Demandez à votre expert-comptable une simulation personnalisée avant toute décision. C’est l’investissement le plus rentable que vous puissiez faire.

Impact sur la rémunération du dirigeant

Le régime fiscal détermine votre stratégie de rémunération.

À l’IS : le mix salaire + dividendes

Le dirigeant à l’IS dispose de trois leviers de rémunération :

  1. Le salaire : déductible du bénéfice, soumis aux cotisations sociales (protection sociale complète), imposé à l’IR du dirigeant
  2. Les dividendes : soumis à la flat tax de 30 % (12,8 % IR + 17,2 % prélèvements sociaux) ou au barème IR avec abattement de 40 %
  3. Le compte courant d’associé : récupération de sommes prêtées à l’entreprise (pas un revenu, pas imposé)

Pour les gérants majoritaires de SARL : les dividendes dépassant 10 % du capital social + primes d’émission + compte courant sont soumis aux cotisations TNS (environ 45 %). Cette règle limite fortement l’avantage des dividendes pour les gérants majoritaires.

À l’IR : aucune optimisation possible

Le bénéfice est intégralement soumis aux cotisations sociales et à l’IR, que le dirigeant le prélève ou non. Il n’y a aucun levier d’optimisation salaire/dividendes.

L’option IS pour les sociétés de personnes (EURL, SARL, SCI)

Certaines formes juridiques sont par défaut à l’IR mais peuvent opter pour l’IS :

Forme juridiqueRégime par défautOption IS possible
EURLIROui (irrévocable)
SARL de familleIR possibleOui (révocable sous conditions)
SCIIROui (irrévocable en principe)
SNCIROui
SASU/SASISOption IR possible 5 exercices max

La question de la réversibilité

Attention : L’option pour l’IS est en principe irrévocable pour les sociétés de personnes (EURL, SCI, SNC). Une fois que vous avez opté pour l’IS, vous ne pouvez plus revenir à l’IR, sauf dans les cas suivants :

  • Renonciation dans les 5 premières années suivant l’option (dispositif introduit par la loi de finances)
  • Transformation de la société en une autre forme juridique

Mon conseil : Avant d’opter pour l’IS, projetez-vous sur 5 à 10 ans. Si votre activité est cyclique avec des années de pertes, l’IR peut être plus intéressant grâce à l’imputation des déficits sur vos revenus personnels. Faites les simulations avec votre expert-comptable.

Cas concrets : quand choisir l’IS ou l’IR

Cas n°1 : le consultant freelance en EURL (bénéfice 35 000 €)

Situation : Célibataire, pas d’autre revenu, bénéfice stable autour de 35 000 €.

Recommandation : IR. À ce niveau de bénéfice, le TMI reste à 30 %. L’avantage de l’IS est marginal et la simplicité comptable de l’IR est un atout. De plus, l’imputation des déficits éventuels sur le revenu global est un filet de sécurité appréciable.

Cas n°2 : la PME de services (bénéfice 120 000 €)

Situation : SARL avec 2 associés, 8 salariés, bénéfice de 120 000 €.

Recommandation : IS. Le taux effectif d’IS (~21 %) est bien inférieur au TMI de 41 % applicable à l’IR. Les associés optimisent leur rémunération en mixant salaire et dividendes. Le bénéfice non distribué reste dans l’entreprise pour financer la croissance.

Cas n°3 : la SCI patrimoniale

Situation : Couple propriétaire de 3 appartements locatifs via une SCI, revenus fonciers annuels de 45 000 €.

Recommandation : dépend de la stratégie.

  • IR si l’objectif est de transmettre à terme (pas d’amortissement, plus-value des particuliers avec abattement pour durée de détention)
  • IS si l’objectif est de maximiser le cash-flow immédiat (amortissement du bien déductible, résultat imposable réduit) mais attention à la plus-value professionnelle lors de la revente

Cas n°4 : le créateur avec des pertes prévisionnelles

Situation : Création d’entreprise avec des pertes prévues les 2 premières années (investissements importants).

Recommandation : IR les premières années. Les pertes sont imputables sur les revenus du foyer fiscal (conjoint salarié, par exemple), ce qui génère une économie d’impôt immédiate. Option IS envisageable dès que l’activité devient bénéficiaire.

Le rôle de l’expert-comptable dans le choix du régime

Le choix IS/IR est trop complexe pour être fait sans accompagnement professionnel. Votre expert-comptable intervient à plusieurs niveaux :

  1. Simulation comparative personnalisée intégrant tous vos revenus, votre situation familiale et votre régime matrimonial
  2. Projection sur 3 à 5 ans : le choix optimal aujourd’hui peut ne plus l’être demain si votre activité évolue
  3. Optimisation de la rémunération (à l’IS) : détermination du mix salaire/dividendes optimal
  4. Analyse des interactions avec d’autres dispositifs (optimisation fiscale, régime fiscal, TVA)
  5. Accompagnement de l’option : formalités administratives et adaptation de la comptabilité

Peut-on passer de l’IR à l’IS en cours de vie de l’entreprise ? Oui, l’option pour l’IS peut être exercée à tout moment. Elle prend effet au premier jour de l’exercice en cours si elle est notifiée avant la fin du troisième mois. Elle est en principe irrévocable (sauf renonciation dans les 5 ans).

Les auto-entrepreneurs peuvent-ils opter pour l’IS ? Non. Le régime de la micro-entreprise est exclusivement soumis à l’IR. Pour bénéficier de l’IS, il faut créer une société (EURL, SASU, SARL, SAS).

La flat tax à 30 % est-elle toujours avantageuse pour les dividendes ? Pas toujours. Si votre TMI est inférieur à 11 %, l’option pour le barème progressif avec abattement de 40 % peut être plus avantageuse. Faites le calcul avec votre expert-comptable.

L’IS est-il toujours plus avantageux que l’IR ? Non. Pour les faibles bénéfices (< 30 000 €), les foyers avec beaucoup de parts fiscales, ou les activités déficitaires, l’IR peut être plus intéressant. La simulation au cas par cas est indispensable.

Que se passe-t-il si je choisis mal ? Un mauvais choix peut coûter plusieurs milliers d’euros par an. Si vous êtes à l’IR et que l’IS serait plus avantageux, l’option est toujours possible. L’inverse est plus délicat en raison de l’irrévocabilité.

Conclusion : un choix stratégique qui mérite une simulation

Le choix entre IS et IR n’est pas un détail administratif — c’est une décision stratégique qui impacte votre revenu disponible pendant toute la durée de vie de votre entreprise. Ne le faites pas par défaut, ne le faites pas seul, et surtout ne le faites pas sans simulation chiffrée.

Retenez cette règle empirique : au-delà de 40 000 à 50 000 € de bénéfice annuel, l’IS est généralement plus avantageux pour un dirigeant célibataire. Mais chaque situation est unique. Prenez rendez-vous avec votre expert-comptable pour une simulation personnalisée — c’est probablement l’heure de conseil la plus rentable que vous investirez cette année.

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Catherine Dubois

Écrit par

Catherine Dubois

Ancienne expert-comptable diplômée d'État avec 20 ans d'expérience en cabinet. Spécialiste de la comptabilité TPE/PME et accompagnement à la création d'entreprise. J'aide les entrepreneurs à comprendre leurs obligations comptables, optimiser leur fiscalité et bien choisir leur expert-comptable.

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